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Nina Simone : le portrait d’une artiste militante

La chanteuse, Nina Simone, a consacré sa vie à lutter contre la discrimination raciale aux États-Unis. Ses textes, ses actions, son engagement, ont alimenté la ferveur de son combat. Retour sur l’ascension d’une légende.

Par Chaïma Aïn Sebaa

Eunice Waymon, plus connue sous le nom de Nina Simone, est une artiste américaine du XXe siècle. Reconnue, aujourd’hui, comme une icône de la chanson, Nina Simone a inspiré les plus grandes voix de notre génération (Beyoncé, Alicia Keys, Christina Aguilera ou encore Amy Winehouse).

On la surnomme d’ailleurs la « Grande prêtresse de l’âme », pour son charisme et de sa forte personnalité. Sa voix, son approche musicale et sa lutte contre les préjugés raciaux ont fait d’elle une vraie légende.

Devenir la « première pianiste noire d’Amérique »

CC/Classic Film/Flickr

Née le 21 février 1933, Nina Simone a grandi dans un quartier afro-américain de Caroline du Nord. Exposée quotidiennement, à la pauvreté et à la discrimination, elle comprend très vite qu’il sera difficile pour elle de réussir.

Issue d’une famille protestante, sa mère lui fait découvrir l’univers du gospel. Elle chante et s’initie au piano lors des messes du dimanche. C’est ainsi, qu’elle découvre sa passion pour le piano et la musique classique. Elle finit d’ailleurs par se faire repérer par une musicienne, qui lui offrira le privilège de recevoir des cours particuliers. Cette dernière, découvre en elle, un véritable talent. Elle veut faire d’Eunice, la première pianiste noire d’Amérique.

Cependant, lorsque Nina Simone tentera sa chance à l’Institut de Musique Curtis, sa candidature sera refusée sans aucune explication. Nina Simone comprend alors, que le problème vient de sa couleur de peau. Cette injustice forgera son combat pour les droits de la communauté afro-américaine.

Ne pouvant pas vivre de sa passion, elle décide de s’ouvrir à d’autres styles musicaux (jazz, blues, etc.) en se réorientant dans la chanson. Elle commence alors par faire des concerts dans des bars. Petit à petit, elle réussit à se créer un nom à New York, notamment grâce à ses titres phares : « I. Love You, Porgy » (1935), « I Put A Spell On You » (1956), ou encore « Feeling Good » (1965).

Sa carrière prend un tournant lorsqu’elle rencontre Andrew Stroud, son futur mari. En effet, ce dernier, devient vite son manager. Il lui ouvre de nombreuses opportunités. Néanmoins, le documentaire Netflix What Happened, Miss Simone ? nous apprend que son mari la mettait sous pression et la frappait quotidiennement. Sa carrière prenait le dessus sur leur couple. Nina Simone n’était plus qu’un produit de marketing. La musique, qui était d’origine, sa passion est devenue un fardeau.

Rien n’arrête son combat

Au-delà de son talent artistique, Nina Simone est une femme très engagée. Durant les années 60, elle rejoint le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis (ou civil rights en anglais, la lutte des afro-américain contre la ségrégation raciale, NDLR).

Ses textes deviennent très vite politiques. Elle se fera d’ailleurs censurer à plusieurs reprises. Mais cela ne l’arrêtera pas. Grâce à son implication, elle fait la connaissance de grandes personnalités comme Martin Luther King ou encore Malcolm X.

Son engagement prend alors le dessus sur sa vie personnelle. Elle se voue totalement à la politique, dans l’espoir de retrouver une identité. Elle orchestre de nombreux débats publics, où elle y affirme de façon virulente un certain sionisme (le sionisme africain, NDLR). Cela créé des conflits dans son couple. Son mari lui dit qu’elle va trop loin. Elle ne l’écoute pas et ils finissent par se séparer.

« Back to Africa »

Malheureusement, les choses ne se passent pas comme elle l’imaginait. Plusieurs de ses amis, dont Martin Luther King, se font assassiner. Anéantie par la tournure des évènements, elle ne se considère plus « citoyenne américaine » et décide de rejoindre le mouvement « Back to Africa » (ou « Retour en Afrique » en français. Il s’agit d’un mouvement du sionisme noir, né au XIXe siècle, qui consiste à encourager les Noirs américains à retourner dans le territoire de leurs ancêtres, NDLR), en 1970. Elle passe d’abord par la Barbade (dans les Antilles), pour s’installer au Liberia. En Afrique, elle reprend goût à la vie. Elle met de côté sa carrière pour prendre soin d’elle. « A présent, je suis libre et je ne reviendrais plus en arrière », confie-t-elle. Une raison, qui la pousse à faire venir sa fille.

Dans le documentaire “What Happened, Miss Simone ?”, on apprend que sa fille retourne vivre avec son père. En effet, cette dernière ne s’épanouissait pas au Liberia. D’une part, parce que ce pays ne représentait rien pour elle, elle est née et a grandi aux Etats-Unis. D’autre part, parce que sa mère, trop stricte, la battait.

Nina Simone restera au Liberia quelques années. Cependant, comme elle n’avait plus d’activité, elle se retrouve crouler sous les dettes. Elle n’a pas d’autre alternative que de reprendre sa carrière. Elle décide d’aller en Suisse. Sans grand succès. Elle finit par aller vivre à Paris, en 1992. Mais très vite, elle perd le contrôle. Les médecins diagnostiquent comme maniaco-dépressive et bipolaire. Un traitement s’impose. Malheureusement, ce dernier a des effets secondaires sur ses capacités physiques. Nina Simone peine à continuer sa carrière. « Ma vie privée est un désastre », confie-t-elle. Elle finit par mourir dans le sud de la France en 2003, à l’âge de 70 ans.

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