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Angela Davis : le portrait d’une rebelle

Connue aujourd’hui comme une des figures emblématiques de la lutte contre le racisme aux Etats-Unis, Angela Davis s’est également engagée dans l’afro-féminisme ou encore le communisme. Retour sur la vie mouvementée d’une militante.

Par Haron Moussaoui et Sabrina Alves

Angela Davis…Il y a justement un espace qui porte son nom à Tremblay-en-France, mais la connaissez-vous vraiment ? 

Angela Davis, est une professeure de philosophie et militante des droits de l’homme. Reconnue, aujourd’hui, pour ses actions dans la lutte contre le racisme dans les années 70 (aux Etats-Unis) elle a inspiré les plus grandes voix de la scène internationale (John Lennon ou encore The Rolling Stones). The Rolling Stones lui ont d’ailleurs attribué le surnom de « Sweet Black Angel » (ou Doux ange noir, en français, NDLR), dans une de leur chanson en 1972. Aujourd’hui, Angela Davis est professeure d’« histoire de la prise de conscience » au campus de Santa Cruz de l’Université de Californie.

La première famille noire dans un quartier blanc

CC : Yuriy Ivanov/Wikipedia

Née le 26 octobre 1944, Angela Yvonne Davis a grandi dans une famille afro-américaine à Birmingham, en Alabama. Son père était gérant d’une station-service dans le quartier noir de la ville, tandis que sa mère enseignait dans le primaire.

Dans un premier temps, elle, et sa famille, occupent des logements sociaux. Puis, en 1948, sa famille décide d’habiter dans une maison, située dans un autre quartier. La famille Davis est d’ailleurs la première famille noire américaine à habiter dans le quartier. Rapidement après son arrivée, elle est suivie par d’autres familles afro-américaines. Cela ne plaît pas à la communauté blanche du quartier : des tensions se génèrent, et l’année 1949 marque le début d’une longue série d’attentats. La cible ? Les maisons construites par les familles afro-américaines. C’est d’ailleurs à cause de ces violences qu’on surnommera le quartier de « Dynamite Hill ».

Sur la voie de l’engagement

CC : GeorgeLouis/Wikipedia

L’humiliation et les violences quotidiennes subies, entre autres, dans le quartier de Dynamite Hills ont profondément marqué Angela Davis. C’est d’ailleurs, ainsi, qu’elle commence à se forger ses opinions politiques.

Sa famille viendra également alimenter ce développement. Sa mère a participé – dans le cadre de son métier, à l’école secondaire – à de nombreux mouvements antiracistes, comme celui pour la libération des Scottsboro Boys (Le terme désigne neuf garçons afro-américains, âgés de 12 à 20 ans, accusés en 1931, d’avoir violé deux femmes blanches dans un train qui traversait l’état de l’Alabama. L’affaire des Scottsboro Boys a joué un rôle important dans la lutte contre la discrimination et pour le droit au procès équitable, aux Etats-Unis. En effet, alors que des preuves indiquaient l’innocence de ces derniers, ils furent tous reconnus coupables et condamnés à mort, à l’exception du cadet, Roy Wright, NDLR). Ses deux parents ont également intégré le National Association for the Advancement of Colored People (Association nationale pour la promotion des gens de couleur, en français. Il s’agit d’une organisation qui a pour mission « d’assurer l’égalité des droits politiques, éducatifs, sociaux et économiques de tous les citoyens et d’éliminer la haine et la discrimination raciale, NDLR.). Sa grand-mère lui parle de l’esclavage qu’avaient subi ses parents (les arrières grands-parents d’Angela Davis, NDLR).

L’autre élément qui a déclenché son besoin d’engagement, c’est son éducation à l’école. Angela Davis est dès son plus jeune âge, une élève studieuse et curieuse. Elle intègre d’abord une école primaire réservée aux noirs de Birmingham. Cette école, qui était beaucoup moins dotée financièrement que les écoles « blanches » de la ville, offrait néanmoins un enseignement plus libre. Les professeurs noirs pouvaient se permettre de favoriser l’identité noire à travers l’enseignement de l’histoire de personnages de la culture afro-américaine (comme par exemple, les abolitionnistes, Sojourner Truth, Frederick Douglass, ou encore Harriet Tubman). L’hymne national noir de James Weldon Johnson y était également enseigné. Plus tard, lorsqu’elle doit choisir une école secondaire, Angela Davis décide d’opter pour une école privée à New York. Cela lui permet d’accéder à un apprentissage plus critique et à bénéficier de plus de liberté. A l’université, elle décide de se spécialiser en littérature et en philosophie. Afin de nourrir davantage son ouverture d’esprit, elle multiplie les séjours universitaires (notamment en France et en Allemagne).

Une femme de plusieurs fronts

CC : Columbia GSAPP/Wikipedia

Tous ces facteurs ont fait d’Angela Davis, une femme de combat. Alors qu’elle était encore dans le secondaire, la jeune femme s’initie au militantisme en intégrant l’organisation de jeunesse marxiste-léniniste, Advance ; et en participant aux manifestations de soutien au mouvement des droits civiques. Après ses séjours en France et en Allemagne, on interdit à Angela Davis de rentrer en contact avec le mouvement noir californien. Une raison qui l’oblige à se tourner vers l’organisation radicale des étudiants de son l’université où elle écrit sa thèse, l’Université de San Diego (il s’agit d’une organisation qui lutte principalement contre la guerre du Viêt Nam, NDLR). Elle se fera, d’ailleurs, arrêtée lors d’une distribution de tracts.

Se sentant fortement concernée par les droits civiques, elle décide de créer un conseil pour les étudiants noirs de l’Université de San Diego. Malheureusement pour elle, les choses ne se déroulent pas comme elle avait pu l’imaginer. Ses idées politiques ne sont pas toutes compatibles avec celles du mouvement de libération des Noirs. Tout d’abord, elle désapprouve le séparatisme de certaines organisations du Black Nationalism (dit Nationalisme Noir en français, NDLR) qui pensent que la libération du peuple noir doit passer par une séparation de la société blanche, et, donc, la création d’une Nation Noire sur le sol américain ou africain (voir la partie intitulée « Back to Africa » de notre portrait de Nina Simone. Cette partie aborde le sionisme noir, NDLR). Puis, elle pense que la libération du peuple afro-américain passe par un mouvement révolutionnaire marxiste. Or le marxisme est rejeté par une majorité d’organisations nationalistes. Un frein qui ralenti d’ailleurs Angela Davis à s’engager dans le mouvement communiste.

Face à cette situation de conflit, elle finit tout de même par trouver une alternative en 1968, en intégrant au Che-Lumumba Club, une branche -réservée aux Noirs – du Parti communisme américain. Elle rejoint également le BPP (Black Panther Party. Il s’agit d’un mouvement de libération afro-américaine d’inspiration marxiste-léniniste et maoïste, dont la position révolutionnaire se caractérise par un égal refus de l’intégrationnisme et du séparatisme, NDLR).

Concernée par le sexisme au quotidien et notamment dans les organisations auxquelles elle appartient, Angela Davis s’engage très fortement dans le féminisme. On lui reproche d’ailleurs son rôle de leader dans le mouvement afro-américain des droits civiques. En effet, le leadership masculin étant considéré comme une arme qui permettait aux hommes Noirs de regagner leur dignité face aux Blancs, la place des femmes se limitait à être sous les ordres des hommes impliqués dans le mouvement. Ce à quoi, Angela Davis répondra qu’un mouvement de libération doit lutter contre toutes les formes de dominations : domination raciale et domination genrée. Plus tard, elle s’opposera à ce qu’elle considère comme un acharnement contre le voile musulman. Elle se joindra d’ailleurs aux femmes musulmanes qui dénoncent la « loi raciste » de François Hollande en 2013, qui vise à interdire les signes religieux au personnel des crèches.

A partir de 1971, Angela Davis commence à publier plusieurs ouvrages sur les thématiques qui la concernent : l’antiracisme, le féminisme et la paix au Viêt Nam. En 1980 et en 1984, elle tente sa chance aux présidentielles américaines en tant que vice-présidente, aux côtés de Gus Hall, homme politique du CPUSA (pour Communist Party of the United States of America soit le Parti communiste des États-Unis d’Amérique, en français, NDLR).

Le procès Davis

CC : photographe inconnu/Wikipedia

Son adhésion au Parti communiste américain et au mouvement des Black Panthers, dans un contexte de Guerre Froide, n’a pas facilité la vie de cette femme engagée. En effet, le FBI décide de la surveiller. Cela lui vaudra son renvoi à l’UCLA (Université de Californie à Los Angeles ), où elle enseignait la philosophie.

Plus tard, elle est accusée d’avoir organisé une prise d’otages dans un tribunal en soutien aux Frères de Soledad (nom donné à Georges Jackson et ses deux voisins de cellule, NDLR). C’est alors qu’elle entre en cavale et devient une des femmes du pays les plus recherchées par le FBI. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à l’époque, dans un contexte de Guerre froide et de guerre au Viêt Nam, le FBI luttait contre les organisations politiques dissidentes comme le Parti communiste ou le BPP.

Après deux semaines de fuite, les autorités la retrouvent et l’incarcèrent pendant 16 mois : d’abord dans une cellule d’isolement aménagée à New York, puis en Californie. Lors de sa détention à New York, elle entame une grève de la faim afin d’être placée avec les autres détenues. Après 10 jours de grève, le tribunal fédéral suspend son isolement. Le 5 janvier 1971, elle est officiellement reconnue coupable de meurtre, kidnapping et conspiration par l’Etat de Californie. C’est ainsi qu’elle est transférée en Californie.

A l’échelle internationale, son procès est très médiatisé. En France, des personnalités comme Jean-Paul Sartre (philosophe), Jacques Prévert (poète), Gerty Archimède (avocate), ou encore Pierre Perret (chanteur) la soutiennent. Le 4 mai 1972, Angela Davis est acquitée par un jury uniquement composé de Blancs.